les autorités confrontées à la multiplication des “small boats” pour traverser la Manche

Une patrouille terrestre du commissariat de Calais. (MAXIME TELLIER / FRANCE-INFO)

Depuis le début de l’année, plus de 12 000 personnes ont réussi à traverser la Manche d’après la BBC, et notamment depuis la côte calaisienne via des “small boats”, des petits bateaux fournis à prix d’or par les réseaux de passeurs. À Calais pourtant, police, gendarmerie et douanes sillonnent la côte nuit et jour pour empêcher les départs vers le Royaume-Uni.

Ce matin-là, il est un peu plus de 5 heures au large de la ville, avec les côtes anglaises de Douvres à une trentaine de kilomètres seulement, lorsque le commissaire Laurent Hurst part avec son équipe “procéder à une patrouille nautique dans le but de détecter des mises à l’eau d’embarcations qui voudraient embarquer des migrants en direction de l’Angleterre”. Membre des CRS de la zone Nord en mission tout l’été, son objectif est de sillonner la côte en hors-bord pour empêcher toute traversée de “small boats”. 

Une patrouille nautique de CRS patrouille pour tenter d’intercepter la mise à l’eau des “small boats”. (MAXIME TELLIER / FRANCE-INFO)

“On vient d’allumer les phares de recherche pour repérer les tentatives de départ”, relate le commissaire, “nos patrouilles à terre contrôlent sur la côte au même moment, on est en liaison radio avec eux pour les faire intervenir le cas échéant”. Les CRS repèrent d’ailleurs un groupe qui marche en haut des dunes. 

Là on est clairement dans le cœur de mission, on les détecte depuis la mer et on fait intervenir la patrouille terrestre qui va interpeller les passeurs et empêcher le départ.

Commissaire Laurent Hurst

à franceinfo

Seule l’interception à terre est possible car une fois à l’eau, l’embarcation est souvent trop légère, trop fragile. La consigne est surtout d’éviter un chavirage. Ce matin-là, aucun départ n’est repéré.

Le commissariat de Calais a même créé une patrouille nocturne il y a deux ans, lorsque le phénomène des “small boats” est apparu, au moment où les traversées par le tunnel ou par camions sont devenues quasiment impossibles. “On est dans une zone beaucoup plus grande que celle de Sangate et beaucoup plus difficile d’accès”, expose l’une des policières mobilisées à l’est de Calais après 23 heures ce soir-là. 

Les policiers utilisent des équipements financés par le Royaume-Uni, qui s’est engagé en juillet à verser plus de 60 millions d’euros encore à la France : des véhicules tout-terrain, jumelles de vision nocturne… Tout un arsenal très utile pour voir sans être vu. “Il faut se rapprocher un peu, il y a au moins deux personnes”, alerte tout à coup l’un des membres de la patrouille. Des silhouettes que les policiers finissent par perdre de vue, avant d’estimer que le vent est trop fort pour que des départs aient lieu dans cette zone immense, impossible à quadriller complètement.

Des moteurs de bateaux confisqués par la police de Calais.  (MAXIME TELLIER / FRANCE-INFO)

Du côté des associations d’aide aux migrants, on estime que ces mesures de surveillance ne constituent pas une réponse adaptée à la situation des migrants. La critique d’une politique du “tout sécuritaire” menée par la France et le Royaume-Uni revient, par exemple, du côté de l’association Utopia 56.

“C’est incontestable, il y a une hausse des passages en bateau cette année, ce qui avait déjà commencé l’année dernière”, estime Marguerite Combes, coordinatrice de l’organisation. “C’est surtout dû au fait que le passage en camion est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus protégé, et quasiment impossible. Ça crée un goulot et les gens se décident à prendre la mer plutôt que de tenter indéfiniment en camion”.

Si les gens risquent leur vie en mer, c’est aussi parce qu’il n’y a pas de possibilité humanitaire, comme un pont humanitaire qui pourrait être mis en place pour aller en Angleterre de manière sûre.

Marguerite Combes, coordinatrice d’Utopia 56

à franceinfo

Entre les barbelés, les murs, les caméras et les barrières, le port de Calais ressemble aujourd’hui à un camp retranché et la traversée en bateau apparaît pour beaucoup comme la dernière solution.

Rencontré lors d’une distribution de nourriture du Secours catholique, un jeune Sud-Soudanais explique qu’il va tenter la traversée. Il est conscient des risques mais il a des contacts avec des migrants qui ont réussi à passer. “C’est dangereux mais ils ont réussi à traverser”, explique-t-il. 

Il y a beaucoup de vagues, de vent, le moteur risque de tomber en panne… Mais nous sommes venus ici pour ça, nous avons fait un long chemin et nous tenterons la traversée. 

Un jeune migrant sud-soudanais

à franceinfo

Les passeurs demandent 3 000 euros voire plus pour la traversée, une somme que ces exilés disent ne pas avoir. Ils attendent l’opportunité d’y aller et patientent à Calais, malgré les contrôles, les patrouilles et les évacuations. Depuis le début des traversées en “small boats” en 2019, onze morts ont été officiellement recensées dans la Manche.

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