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Afghanistan. Les talibans peuvent-ils vraiment renoncer à l’opium ?

“Il n’y aura plus ni de production, ni de contrebande. L’Afghanistan ne sera plus un pays où l’on cultive l’opium”, assurait le 18 août dernier le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid, trois jours après que les insurgés se soient emparés de Kaboul. Mujahid ajoutait que l’aide internationale était indispensable pour que les producteurs locaux puissent se lancer dans des cultures alternatives au pavot à opium, qui sert à synthétiser l’héroïne. 

Cet engagement des talibans à rompre avec le narcotrafic pourrait entrer dans le cadre de leur effort de communication visant à dédiaboliser le mouvement, à l’instar de leurs annonces sur les droits des femmes et l’amnistie des fonctionnaires d’Etat. Outre la duplicité de ce discours, se pose la question de la capacité des talibans à renoncer à la culture de l’opium.

Une économie dépendante

L’ONU estime que le pays a battu un record absolu en 2017, avec 9 900 tonnes d’opium produit. Même dans le contexte de l’épidémie de coronavirus, la culture de l’opium aurait bondi de 37% en 2020. Enfin, 20 à 30 % du PNB afghan serait lié à l’opium, un chiffre que l’orientaliste Jean-Pierre Filiu compare au 6% du PNB colombien représenté par le commerce de la cocaïne dans les années 90, lorsque les cartels étaient au meilleur de leur forme. L’Afghanistan a aussi connu un boom de la production de méthamphétamine, synthétisée à partir d’une substance produite par les arbustes d’éphèdres, présents en abondance dans le pays. Sur le total de l’année 2014, seuls 10 kilos de méthamphétamine afghane avait été saisis dans le monde, contre 650 kilos pour le premier semestre 2019. 

Les annonces de Mujahid rappellent un précédent. Durant le premier régime taliban (1996-2001) en juillet 2000, à la veille de la saison de la plantation, les insurgés avaient interdit la culture du pavot. Une décision exécutée avec une rigueur exemplaire : le printemps suivant, à la période de la récolte, des photos satellites américaines et une enquête de terrain des Nations Unis concluaient qu’environ 8000 hectares de pavot avaient été plantés dans tout le pays, contre 82000 l’année précédente. La plupart des surfaces concernées se trouvaient d’ailleurs dans des territoires hors du contrôle taliban. 

Il semble que l’histoire mondiale du narcotrafic n’ait pas connu une chute de la production aussi spectaculaire que celle encaissée par l’Afghanistan cette année-là. La décision du mollah Omar, chef historique des talibans, était motivée par l’espoir désespéré d’obtenir un début de reconnaissance internationale et la levée des sanctions de l’ONU. Cette contrepartie attendue ne s’est jamais réalisée. A la place, une large partie de  la base paysanne des talibans a été brutalement privée de son gagne-pain, et certains experts estiment même que l’opération a facilité le travail à l’intervention américaine en octobre 2001, en fragilisant l’assise populaire des insurgés. 

La drogue, le nerf de la guerre

Fort des enseignements de cette mauvaise expérience, il est peu probable que les talibans cèdent en premier du terrain sur le dossier du narcotrafic. La culture de l’opium a joué un rôle crucial dans leur résurgence, après le sauve-qui-peut suivant l’invasion américaine. En Octobre 2001 alors que l’interdiction déclarée par le mollah Omar était en vigueur depuis 15 mois, quasi aucun plant de pavot n’était à signaler dans le sud afghan, bastion traditionnel des talibans. D’après le rapport annuel de l’Office des Nations Unis contre la Drogue et le Crime (ONUDC), la majorité des 185 tonnes d’opium produit par l’Afghanistan en 2001 venait du nord du pays, où les insurgés n’avaient quasiment plus droit de cité. Puis en 2008, l’ONUDC situe 98% de la production afghane dans seulement six provinces, concentrées au sud et au sud-ouest du pays, où les talibans ont repris pied. 

Les insurgés ont eu recours à différents canaux pour tirer leur part du lion dans l’économie de la drogue. Le premier est l’impôt sur la production ou la collecte de royalties pour son transport. Un autre canal très juteux consiste à se faire rémunérer par les propriétaires terriens ou la mafia locale pour assurer la sécurité de la production, de son acheminement et des laboratoires où elle est synthétisée. 

Une organisation inséparable du business de la drogue ?

La sécurisation des activités liées au commerce de drogue est un business qui s’est beaucoup développé au cours des 20 années d’intervention occidentale. Les talibans ont utilisé des techniques de guérilla comparables à celles employées sur le front idéologique, en minant ou en piégeant les alentours des champs avec des Engins Explosifs Improvisés (IED) avant une descente policière, en attaquant des checkpoints pour libérer le passage à un convoi de drogue, ou encore en lançant des attaques de diversion pour éloigner les troupes afghanes et occidentales d’une zone où une cargaison importante devrait s’aventurer.

Dans ce domaine, les opportunités d’affaires sont accrues avec la dégradation de la situation sécuritaire. Un rapport du United States Institute of Peace, basé sur des entretiens avec plusieurs centaines d’Afghans impliqués à tous les niveaux dans l’économie de la drogue, affirme ainsi qu’une partie significative de la base combattante des talibans est davantage motivée par le profit que par l’idéologie islamiste de l’organisation. Le commerce de l’héroïne et de la méthamphétamine aurait ainsi permis non seulement aux talibans de se financer, mais aussi de doper leurs ressources humaines.

L’histoire de la résurgence des talibans et de la débâcle des forces afghanes et occidentales est ainsi imbriquée avec le narcotrafic. Dans ce contexte, la promesse de Zabihullah Mujahid de rompre avec cet organe vital de l’organisation paraît donc plutôt creuse. 

 

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