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Accueil, refus, aide aux pays voisins… comment les pays européens traitent la question des réfugiés qui ont fui l’Afghanistan

L’Europe, terre d’accueil ? La fin de 20 ans de présence des Etats-Unis, le départ des dernières troupes américaines lundi 30 août et le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan a poussé des milliers d’Afghans à quitter leur pays. « En termes de chiffres, nous nous préparons à environ 500 000 nouveaux réfugiés dans la région. Il s’agit du scénario le plus pessimiste », a déclaré Kelly Clements, haut-commissaire adjointe de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR). Si certains vont trouver refuge de l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe anticipe aussi l’arrivée de personnes pour qui des solutions d’accueil sont envisagées. Et celles-ci diffèrent selon les pays, même si l’Union européenne tente de mettre en place une position commune.

Une minorité de pays prêts à accueillir les réfugiés 

Les pays européens qui ont posé les bases de l’accueil des Afghans rapatriés ne sont pas nombreux. Ainsi, l’Espagne a accepté d’accueillir sur son sol les collaborateurs afghans des institutions de l’Union européenne et leurs familles avant leur répartition entre divers pays membres de l’UE, installant pour cela un centre d’accueil sur la base de Torrejón de Ardoz. 

En Italie, le ministre des Affaires européennes Enzo Amendola, avait proposé le 18 août dernier sur Twitter d’aider «  tous les Afghans  » qui souhaitaient fuir les talibans. 

Vent’anni di impegno in #Afghanistan conclusi drammaticamente, con le ragioni della missione cancellate da un ritiro precipitoso e senza condizioni. L’UE deve condividere la responsabilità di questa tragedia umanitaria: facciamo il possibile per accogliere chi scappa dai talebani pic.twitter.com/fMPU5P1RKm

— Enzo Amendola (@amendolaenzo) August 16, 2021

L’Italie a été « le premier pays de l’Union européenne pour le nombre des ressortissants afghans évacués », s’est félicité Luigi Di Maio, le ministre italien des Affaires étrangères, alors que son pays a accueilli « près de 5 000 Afghans ». « Il y a encore tant de ressortissants afghans qui attendent d’être évacués et nous ne pouvons plus le faire avec le pont aérien, mais nous sommes prêts, avec les Nations unies, avec les pays limitrophes de l’Afghanistan, à travailler pour garantir à ces personnes, qui ont collaboré avec nous ces 20 dernières années, d’avoir la même possibilité », a ajouté le ministre italien.

Du côté du Luxembourg, le ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn s’est prononcé pour un accueil massif de réfugiés afghans dans une interview au quotidien allemand Die Welt (en allemand) : « l’Union européenne devrait être prête à fournir 40 000 à 50 000 places ». Enfin, si le Royaume-Uni a quitté l’UE après le Brexit, son Premier ministre Boris Johnson a promis mercredi d’accueillir « chaleureusement » les milliers de réfugiés afghans arrivés au Royaume-Uni. « Nous avons une immense dette envers ceux qui ont travaillé avec les forces armées en Afghanistan et je suis déterminé à leur donner, ainsi qu’à leurs familles, le soutien dont ils ont besoin pour reconstruire leur vie ici au Royaume-Uni », a-t-il déclaré dans un communiqué. Le gouvernement britannique a l’intention d’accueillir 20 000 Afghans à long terme.

La Slovénie et l’Autriche, leaders des pays refusant l’accueil

La Slovénie, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, avait manifesté son hostilité à l’accueil des réfugiés afghans par l’intermédiaire de son Premier ministre, Janez Jansa. « L’UE n’ouvrira aucun couloir de migration depuis l’Afghanistan. Ce n’est pas le devoir de l’UE ou de la Slovénie d’aider et de payer tous les gens de la planète qui fuient, au lieu de lutter pour leur pays », avait-il tweeté avec des images trompeuses de foules de migrants.

#EU ne bo odpirala nobenih evropskih “humanitarnih” oziroma migracijskih koridorjev za #Afganistan. Ne bomo dovolili, da se ponovi strateška napaka iz l. 2015. Pomagali bomo zgolj posameznikom, ki so pomagali nam med operacijo #NATO. In članicam EU, ki varujejo našo zunanjo mejo. pic.twitter.com/fyZB5XFhZh

— Janez Janša (@JJansaSDS) August 22, 2021

« Notre principale responsabilité est de protéger les citoyens de l’UE d’attaques terroristes », a justifié le ministre slovène de l’Intérieur, Ales Hojs. L’Autriche, par la voix de son chancelier conservateur Sebastian Kurz, a promis qu’elle n’accueillera pas davantage de réfugiés, que le pays a déjà accueilli plus de 40 000 réfugiés afghans, un effort « disproportionné » selon lui. Le Danemark et la Hongrie partagent cette fermeté, la Pologne également. Dirigé par les conservateurs nationalistes, le pays a refusé de venir en aide au cours du mois d’août à une trentaine de migrants, des Afghans et des Kurdes selon des ONG, coincés à la frontière avec la Biélorussie et a annoncé l’installation d’une solide clôture de barbelés, haute de 2,5 mètres.

En première ligne en raison de sa proximité avec la Turquie, la Grèce est en première ligne et a déclaré avoir entrepris et terminé la construction d’un mur de 40 km dans la région d’Evros, le long de sa frontière avec le pays de Recep Tayyip Erdoğan, ainsi que l’installation d’un système de surveillance. Le pays a assuré que ses forces aux frontières étaient « en alerte ». La Bulgarie, jeudi, avait emboîté le pas en déployant entre 400 et 700 militaires à ses frontières avec la Grèce et la Turquie. 

Avant ce nouvel afflux de réfugiés attendus, six Etats membres de l’UE (Belgique, Danemark, Allemagne, Grèce, Pays-Bas et Autriche) avaient adressé début août une lettre à la Commission européenne demandant de ne pas suspendre les expulsions de migrants afghans, malgré un appel de l’Afghanistan à les suspendre.

Le compromis de l’aide pour les pays voisins 

Pour éviter une nouvelle crise des migrants comme en 2015, les Vingt-Sept de l’Union européenne se sont engagés mardi à soutenir les pays voisins de l’Afghanistan pour accueillir dans la région les réfugiés. La Commission européenne est appelée à présenter des propositions pour soutenir ces pays voisins, comme le Pakistan et le Tadjikistan, dans le cadre du budget européen. Le Monde rappelle que ces deux pays accueillaient déjà en 2020, respectivement 55,4 % (soit 1,4 million) et 30,1 % (780 000) des réfugiés afghans.

L’aide envisagée proviendrait notamment d’une enveloppe de 80 milliards d’euros prévue sur 2021-2027. L’UE a déjà annoncé le quadruplement de son aide humanitaire pour 2021 à 200 millions d’euros à l’Afghanistan et aux pays voisins. « Le meilleur moyen d’éviter une crise migratoire est d’éviter une crise humanitaire, a ajouté la commissaire européenne Ylva Johansson, c’est pourquoi nous devons soutenir les Afghans en Afghanistan » par le biais des organisations internationales « sur le terrain ». Pour le moment, aucun engagement chiffré de la part des Etats membres pour accueillir des réfugiés n’a été annoncé. 

L’Allemagne et la France sont favorables à cette mesure de soutien. Le ministre allemand Horst Seehofer a estimé qu’il fallait faire en sorte que les migrants « restent près de chez eux et de leur culture », soulignant toutefois que les « personnes particulièrement menacées » devraient pouvoir venir dans l’UE. La France a insisté sur la « cohérence entre l’accueil de réfugiés et la fermeté des contrôles », par la voix de Gérald Darmanin. L’objectif est d' »aider tous ceux qui nous ont aidés, sont pourchassés par les talibans, mais ne pas accepter une immigration qui ne serait pas contrôlée », a-t-il dit. Lors de sa visite du centre pour les employés afghans de l’UE à Madrid, Charles Michel, le président du Conseil européen, avait expliqué qu’il fallait trouver « l’équilibre entre la dignité du projet européen, et la capacité (…) de garantir la sécurité ». C’est tout l’enjeu de cette crise afghane.