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Ils ont fait l’actu. Stéphane Ravacley, le boulanger qui s’est mis en grève de la faim pour garder son apprenti

Stéphane Avacley, boulanger à Besançon (Doubs) a entamé une grève de la faim pour obtenir la régularisation de son apprenti. (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

3 janvier 2021. À Besançon, un boulanger commence une grève de la faim. Stéphane Ravacley, 50 ans, proteste contre la menace d’expulsion de son apprenti guinéen. Le jeune homme, devenu majeur, est visé par une obligation de quitter le territoire français. « C’est une évidence qu’on ne peut pas garder tout le monde, mais des gamins qui sont méritants, qui vont en CFA et à l’école, qui ont de bonnes notes, qui arrivent à 3h du matin… C’est vraiment un bon gamin et il est obligé de partir ».

Après 11 jours de grève de la faim, Stéphane Ravacley a gagné son combat. Laye Fodé Traoré, son apprenti, a été régularisé. Pendant toute la durée de leur bras de fer avec la préfecture, les deux hommes ont pu compter sur le soutien d’Omar Sy, Raphaël Glucksmann, Edgar Morin ou Nicolas Hulot.

Les pétitions de soutien ont aussi recueilli plus de 400 000 signatures. Cette lutte à l’issue heureuse a changé la vie de l’apprenti boulanger, mais aussi celle de Stéphane Ravacley, le patron qui s’est battu pour lui. « Ça m’a ouvert des portes et des chemins que je n’aurais jamais devinés. J’ai fait 350 interviews en moins de cinq jours, au mois de janvier. On m’a proposé de rentrer dans une troupe de théâtre pour donner ma vérité sur ce que j’ai vécu. Jamais je n’aurais pensé rentrer dans une troupe de théâtre. Ma vie a complètement changé » dit celui qui est devenu le boulanger le plus célèbre de Besançon.

« Les gens me demandaient au magasin donc je quittais mon travail pour venir les voir. Et très souvent, c’était des remerciements, des gens venus exprès depuis certains quartiers pour me voir. J’ai reçu 80 lettres avec 80 mercis. » souligne Stéphane Ravacley.

L’idée de faire une grève de la faim lui est venue rapidement, spontanément, mais il ignorait que cela durerait 11 jours. « En fait, au départ, je n’ai pas vraiment réfléchi et je me devais de faire des choses. Au bout du deuxième jour de grève de la faim, j’avais des organes de presse qui venaient me voir et en fait je me suis dit que si je réussissais pas, j’aurais vraiment l’air bête. Donc, je n’ai pas vraiment réfléchi et c’est au bout du cinq ou sixième jour que je me suis dit ‘ouh, ça va loin, je ne sais pas quand je vais m’arrêter’. » dit Stéphane Ravacley.

Je pense que je n’ai jamais été aussi déterminé de ma vie que pendant cette période de onze jours

Stéphane Ravacley

sur franceinfo

 « C’était surtout le côté ubuesque de la chose. On nous propose de mettre dans nos entreprises des migrants pendant deux ans. On signe un contrat qui est quand-même un contrat professionnel et ils savent très bien, dès le départ, qu’ils vont enlever le gamin des entreprises une fois qu’il est majeur. Donc à 16 ans, on leur propose de travailler, de faire partie de la France, de la consommation, du monde du travail, etc… En fait, à partir de 18 ans, la gendarmerie, la police vient et dit aux gamins ‘tu peux plus travailler, tu ne dois plus rien faire et tu attends de pouvoir quitter la France’ « .

Stéphane Ravacley s’étonne encore de la médiatisation de son affaire. « Vous savez je ne suis qu’un simple boulanger depuis l’âge de 16 ans et j’étais à 1 000 lieues de vivre cela et si je n’avais pas eu cette révolte-là, je n’aurais jamais dû connaître tout ça. Évidemment que j’ai vu les barques vides, évidemment, j’ai vu ces gamins en Italie morts sur la plage. Voilà, c’est tout, je n’étais qu’un simple spectateur et par obligation, je suis devenu un peu un acteur ».

Pour Stéphane Ravacley, il était évident que Laye Fodé Traoré, son apprenti, méritait d’avoir sa chance et de rester en France. « Il se lève à 3 heures du matin, tous les jours, sans retard. Il écoute, alors évidemment, il fait les bêtises de son âge, il oublie des choses, il oublie le sel, la levure parfois mais ça, c’est tous les apprentis. Il est travailleur, il est appliqué, il a de très bonnes notes comme très souvent tous ces gamins-là, parce qu’ils ne peuvent pas ne pas réussir donc ils sont à fond tout le temps ».

Si Laye Fodé Traoré le souhaite, il pourra trouver du travail au sein du fournil de son patron. « C’est à lui de voir s’il veut voir autre chose du métier ou s’il veut rester » dit Stéphane Ravacley qui n’en a pas fini avec son combat pour les apprentis. « Il est très, très loin d’être terminé. Il est terminé pour lui (Laye Fodé Traoré, ndlr) puisque lui est sauvé. Par contre, pour les autres, on se bat tous les jours ».

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